D’UN CORPS À L’AUTRE de MY-VAN DAM

  • Vernissage le jeudi 16 avril à 17h
  • Lieu: Diagonale
  • Ville: Montréal

Dans l’exposition « D’un corps à l’autre », l’artiste My-Van Dam opère un déplacement du narratif innommable et isolant du traumatisme vers un régime de formes sensibles, partageables et potentiellement émancipatrices.

La pratique de My-Van Dam s’inscrit dans une compréhension incarnée du trauma, à rebours de la tradition analytique occidentale qui, depuis la fin du XIXᵉ siècle, a largement hérité d’une lecture dualiste séparant corps et esprit. Cette conception, issue notamment de l’héritage freudien, a cependant été progressivement remise en question au cours du XXᵉ siècle par différents penseurs et cliniciens tels que Pierre Janet (1859-1947) ou, aujourd’hui, Bessel van der Kolk (1943-…), dont les travaux ont contribué à réinscrire l’expérience psychologique dans la matérialité sensible du corps. Souvent regroupé sous l’appellation somatique, ce nouvel ensemble d’approches et de savoirs envisage en effet l’entité de chair non plus comme un simple support à diagnostiquer ou corriger, mais comme un site de connaissance situé, traversé par des mémoires, des affects et des dynamiques relationnelles.

C’est donc dans cette perspective scientifique renouvelée que prend forme la démarche de Dam. Montréalaise d’origine vietnamienne, l’artiste aborde les pratiques somatiques comme un lieu d’expérimentation intime et une manière d’approcher les strates de traumatismes personnels et familiaux hérités. Mais loin de se limiter à une intention introspective, son travail ouvre cet espace d’exploration au collectif, invitant à penser les procédés de réparation et de transformation comme des flux circulant d’un individu à l’autre.

D’un corps à l’autre propose une traduction plastique de ces processus, et plus particulièrement des transformations internes que ceux-ci rendent possible. Dans la galerie de Diagonale, dessins muraux, photographies et sculptures de tissus noués composent une constellation de traces et de rémanences. Les dessins esquissent des trajectoires de corps en mouvement, comme autant de partitions sensibles où se lisent les récits du soin partagé. Les nœuds sculpturaux figés dans divers matériaux de moulage (plâtre, résine et porcelaine), quant à eux, matérialisent les tensions et les relâchements, les attachements et les dénouements qui les traversent. Ces pièces prolongent des performances antérieures semi-chorégraphiées par My-Van Dam et activées par un ensemble de collaboratrices — artistes ou somaticiennes — dont la proximité et la gestuelle continuent d’irriguer les œuvres exposées. Ce que le visiteur rencontre n’est donc pas la documentation d’une action passée, mais sa persistance : une réminiscence du geste qui demeure agissante dans les formes.

Ainsi, My-Van Dam déploie ses œuvres pour figurer une mémoire qui ne circule plus uniquement sous les traits d’un récit ou d’une archive stabilisée, mais comme une inscription diffuse dans une corporalité réappropriée, ses gestes et ses rythmes d’attention; proposant moins de représenter le trauma que d’en déplacer les modalités d’expérience et de transformation : du langage vers le sensible, de l’individuel vers le relationnel, de la fixité vers le mouvement.

– Chloé Grondeau​

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