dv_vd — Love is a stranger in an open car de Frédéric Moffet
Pour cette édition de dv_vd, Vidéographe et Dazibao offre une carte blanche à Frédéric Moffet. L’artiste et commissaire propose le programme Love Is a Stranger in an Open Car, une dérive érotique à travers la collection dans lequel il présente une sélection d’œuvres explorant le désir, la mémoire, l’identité et les politiques de la représentation.
« Les lumières s’éteignent. Les corps s’installent dans leurs sièges. Tu jettes un coup d’œil autour de la salle de projection. Quelqu’un se faufile en retard, s’assoit au premier rang. Le public s’efface dans le silence. Du fond, un faisceau de lumière tranche l’obscurité.
Le son en boucle d’un train en marche t’hypnotise. Un sort est jeté. Tu répètes trois scénarios dans ta tête : la tromperie, le refus, l’abandon. Il te regarde. Vous vous glissez dans un compartiment vide. Vous vous déshabillez. Le matin, désorientée, tu files en douce, laissant le lit défait.
Maintenant, tu te retrouves à un souper d’amis. Ton partenaire est assis à côté de toi. Lorsque tu déchires une cuisse de poulet, un oiseau en cage s’agite, comme saisi par le pressentiment de sa propre fin. Sous la table, les corps se frôlent discrètement. La soirée est agréable, mais tu as le goût de t’en aller. Ton partenaire grimpe derrière toi sur ta moto. Vous filez dans la nuit, le laissant froid comme glace. Vous prenez une douche ensemble. La vapeur le ranime. Vos corps se brouillent, se mélangent, deviennent presque un seul.
Le matin arrive. Te revoilà sur ta moto, à tourner en rond dans la ville, à chercher le trouble. Tu entres dans un appartement rempli d’hommes nus qui posent pour l’œil électrique d’une caméra. Tu enlèves ton casque, tes vêtements, avec ce besoin pressant de te laisser aller. Ça vient – encore et encore. Mais y’a quelque chose qui cloche. Le plaisir ne fait pas toujours plaisir. Une ligne de coke et une cigarette auraient fait la job.
De retour dans la rue. Ailleurs, dans une ville ravagée par la guerre. Tu continues à chercher le trouble. Ici, les hommes sont habillés, masqués, armés. Le danger est palpable. Tu découvres une bobine de film sous les décombres. Sur la pellicule, à travers les égratignures et la poussière, émergent deux femmes en robes de soirée. Doucement, elles cèdent à leur désir. Une passion interdite surgit, puis disparaît aussi vite. Le désir retourne aux archives, caché pour survivre.
Toujours sur la route. Une autoroute déserte, en noir et blanc. Quatre amis dans une voiture, à la poursuite de l’extase. Dans un motel à bon marché au bord de la route, tu succombes à son attirance. Il enlève sa chemise. Vos corps s’unissent. Les autres vous rejoignent. Puis le doute s’installe. Les substances jouent avec ta tête. Tu te sens abandonnée, indésirable. Non… c’est pas pour toi tout ça. Tu sors. Plus tard, sur le chemin du retour, tu essaieras de renouer avec ton désir. Always crashing in the same car.
À présent, tu flottes au-dessus des paysages et des corps, l’œil électrique d’une déesse. Encore trois scénarios : une aventure ridicule, une occasion manquée, une histoire d’amour. Oui, l’amour. Tendre, sans réserve, durable. Tu te vois sur ta moto, à tourner autour d’une bacchanale polyamoureuse. Tu te sens légère. Libre.
Les lumières se rallument dans la salle. Tes yeux s’ajustent. Le retardataire au premier rang se lève et se glisse vers la sortie. Tu dis à tes amis que tu as besoin d’aller aux toilettes. Tu sors de la salle de projection, sans jamais y revenir. »
—Frédéric Moffet, commissaire
La soirée se déroulera en présence de Monique Moumblow, Philippe Hamelin, Karl Lemieux et Alexa-Jeanne Dubé et une séance de questions et réponses animée par le commissaire suivra la projection.