© karen elaine spencer—Photo : Guy L'Heureux—Galerie B-312

Karen Elaine Spencer et Sandra Lachance, vernissage le jeudi 15 octobre à 17h30 à la Galerie B-312

karen elaine spencer

La Galerie B-312 a le plaisir de présenter dans sa petite salle le travail de karen elaine spencer. Sa pratique intuitive, foisonnante et complexe oscille entre la spontanéité de la performance et le processus lent et minutieux de son travail plastique. Depuis plusieurs années, l’artiste se met en situation dans des lieux publics, parfois marginaux – parcs, couloirs du métro, coins de rue – et investit différents moyens de communication – réseaux sociaux, cartes postales, messages sur carton –, dans le but d’explorer la société qui nous entoure et de nous interroger sur les rapports de pouvoir qui la régissent. Le quotidien, l’actualité et le langage sont au cœur de sa démarche, comme en témoigne l’installation letters home / lettres à ma mère, comprenant deux œuvres sur papier et un dispositif sonore. Si les œuvres sur papier ont des allures de tableaux abstraits, les formes géométriques qui les composent sont en réalité des fragments de texte, issus de différentes sources – notes personnelles, listes de courses, poèmes, journaux – assemblés à la manière d’un collage. Par une gestuelle méticuleuse et répétitive, elle peint chaque lettre sur le papier, en ôtant la ponctuation, afin d’apporter une valeur égale à chaque mot. Ainsi elle ordonne et archive les différents événements tirés de ses performances et de son quotidien, allant de ses sittin’ au square Cabot, à la mort tragique de Naïma Rharouity dans le métro, en passant par ses questionnements sur les sans-abris et sur son propre rapport au « chez soi ». De ce processus de reconstruction de la prose, résulte un rythme visuel. La voix monocorde, presque incantatoire de l’artiste, déchiffrant ces « partitions » sur la bande son, au delà d’en offrir une simple traduction, amplifie la confusion face à ces mots qui se superposent, dans l’espace et sur le papier, envahissant l’esprit du spectateur. Les phrases, devenues motifs codés, nécessitent un engagement de celui qui en prend connaissance, pour en saisir le sens et toute l’humanité. Le soir du vernissage, l’artiste fera la lecture des textes présentés dans la salle, extraits de la série letters home / lettres à ma mère, se confrontant dès lors à la difficulté inhérente du mode d’inscription choisi.– Ophélie Chalabi

karen elaine spencer détient une maîtrise en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal et un baccalauréat du Nova Scotia College of Art and Design de Halifax. Ses œuvres ont été présentées au Canada, aux États-Unis et en Europe, notamment lors de Blogueurs en captivité, une collaboration de Dare-Dare et de Folie/Culture (2014) dans le cadre du festival Art in Odd Places à New York (2013) ainsi que dans le contexte du Festival d’art performatif et d’intervention à Moncton (2012). Plus récemment, son travail était visible au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (2015). karen elaine spencer a obtenu le Prix Powerhouse 2012. Elle est représentée par Ellephant, nouvelle galerie d’art contemporain à Montréal. 
 

Sandra Lachance

La Galerie B-312 est heureuse d’accueillir dans sa grande salle l’exposition Jeux du Nord, de Sandra Lachance. À travers le portrait, qu’elle exploite depuis le début de sa carrière, l’artiste dépeint, dans cette série de photographies, le quotidien et les loisirs des jeunes adolescents inuits qui, au seuil de l’âge adulte, abandonnent leurs jouets pour de nouvelles occupations. Les projets de Sandra Lachance, au plus proche de l’humain, s’étalent toujours sur le long terme et impliquent un travail d’intégration et de collaboration au sein de différentes communautés – détenus, pensionnaires de maisons de retraite, enfants, adolescents. Ainsi, à la manière d’une anthropologue, elle a vécu trois mois en totale immersion sur le territoire du Nunavik, confrontée à la solitude, la barrière de la langue, ainsi que la méfiance et la lassitude de la population envers les voyageurs. C’est au travers du jeu que, jour après jour, l’artiste est parvenue à tisser des liens avec les jeunes filles d’Inukjuak. En partageant des activités ludiques et créatives comme la couture et le déguisement, celles-ci se sont laissées photographier, parées de chapeaux et de peaux de bêtes, dans des situations à la fois spontanées et provoquées par l’artiste. Les garçons ont quant à eux accepté de l’amener dans leurs périples quotidiens : à la pêche, à la chasse, ou lors d’un dépeçage de caribou. En mêlant fiction et réalité, Sandra Lachance se tient à distance du reportage documentaire, contourne les clichés et stéréotypes, et offre un angle de vue onirique et original. Face aux paysages désertiques et spectaculaires dans lesquels les scènes prennent place, on ressent le caractère à la fois rude et fascinant du Grand Nord. Tandis que la composition très travaillée et les couleurs ne sont pas sans évoquer le domaine pictural, la présentation en diptyque et en triptyque renforce l’aspect narratif de cette série de photographies.
— Ophélie Chalabi

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