Lucy Raven, Curtains, image fixe, 2014,

Lucy Raven et Raymond Boisjoly, vernissage le vendredi 17 avril de 17h à Vox

Lucy Raven

 

La pratique de Lucy Raven se présente sous de nombreuses formes, notamment des films d’animation, des interventions en direct à la télévision, des installations et des conférences performatives. Elles témoignent toutes des explorations de l’artiste quant aux effets de la technologie sur le monde ainsi que les liens entre le travail et la production d’images.
 
Curtains (2014) présente dix images fixes. Chacune de ces photographies stéréoscopiques a été dédoublée pour correspondre aux filtres rouge et bleu des lunettes anaglyphes (3D). À chaque cinq minutes, deux images de couleurs opposées glissent l’une vers l’autre, se recouvrent, coïncident et se séparent à nouveau. Le film évoque ainsi le procédé laborieux par lequel on crée, image par image, des effets visuels pour le cinéma hollywoodien du 21e siècle, notamment pour la conversion de films 2D en 3D. Même si l’on parle de « post-production », Raven observe à juste titre qu’on utilise toujours les modes de production industrielle du 20e siècle, en l’occurrence des chaînes de montage internationales qui vont de Los Angeles à Beijing, Chennai, Londres, Mumbai, Toronto et Vancouver, exploitant une main-d’œuvre bon marché tout en bénéficiant de subventions gouvernementales.
 
On peut voir dans cette œuvre un prolongement évident, à la fois formel et politique, du film China Town que Raven a réalisé en 2009. Construit également à partir d’images fixes – dont l’abondance rappelle cette fois l’animation image par image – le film retrace la production du fil de cuivre depuis une mine du Nevada jusqu’à une fonderie chinoise. « Si Curtains illustre l’unification d’un monde branché qui semble avoir aboli la distance pour mettre toutes ses ressources à notre service, China Town montre l’unification d’une logistique mondialisée, requise (et permise) par la technologie du câble, les réseaux subtils de domination économique qui nous relient les uns aux autres, par-delà les continents et les océans1. »
1. Joshua Clover, essai rédigé pour VOX, 2015.


 
Raymond Boisjoly
Raymond Boisjoly est un artiste d’origine haida et québécoise. Son travail aborde à la fois la représentation de l’identité autochtone, le langage comme pratique culturelle, et la manière dont ces questions sont matérialisées et perçues. Son processus créatif se rapproche de la photographie, et il s’intéresse aux formes vernaculaires de la représentation et aux modes de production des images.
 
« From age to age, as its shape slowly unravelled… » comprend une vidéo silencieuse et une série de tirages au jet d’encre grand format, des œuvres créées spécialement pour VOX. Leur conception implique l’utilisation volontairement inappropriée et la combinaison improbable d’appareils apparemment incompatibles, destinés à la production et à la consommation d’images numériques. L’artiste a en effet posé sur un numériseur un iPhone qui diffusait une vidéo trouvée sur YouTube. Au lieu d’un simple arrêt sur image, on obtient la reproduction figée d’un instant interstitiel entre deux plans, une image « médiée », altérée par le processus de transmission, et dont le contenu premier est devenu inaccessible.
 
La vidéo d’origine est une version numérisée du film Les statues meurent aussi réalisé en 1953 par Chris Marker, Alain Resnais et Ghislain Cloquet. Ce court-métrage anticolonialiste – interdit en France par la censure pendant plus de dix ans – dénonce la façon dont la statuaire et la culture matérielle africaines, privées de leur contexte historique et de leur but premier, ont perdu leur identité même. Exposées dans des musées et considérées uniquement pour leur apport esthétique, ces œuvres d’art tribal sont « médiées » ou re-présentées pour un autre public, tout comme la caméra (ou toute autre technique de représentation) devient un intermédiaire dans la transmission de leurs images. Ces changements ne sont pas neutres, et la production de sens qui en résulte est cruciale pour la compréhension de « l’art » selon sa conception historique et coloniale.

 

 

 

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