Les universitaires en appui au Front commun pour les arts

Émilie Martz-Kuhn et Yves Jubinville
Le Devoir
19 février 2025

Les artistes sont d’abord nos collègues.

Leur présence s’est imposée depuis longtemps dans les établissements postsecondaires, où ils et elles jouent un rôle crucial dans les programmes de formation en arts et lettres. La commission Rioux, qui a donné la première impulsion au développement de la formation artistique au Québec et plaidé en faveur de sa démocratisation, reconnaissait déjà leur apport à la fin des années 1960 dans l’effort de modernisation des institutions et d’adaptation à un monde où la création s’imposait comme moteur de transformation sociale.

Le phénomène n’a fait que s’accentuer depuis.

Les artistes enseignent, transmettent, partagent leurs expertises et leurs visions avec les étudiants, qui les considèrent comme un lien vital entre les bancs d’école et les professions auxquelles plusieurs aspirent. Dans certains programmes, les créateurs forment le contingent le plus nombreux des enseignants. Engagés à la leçon, ils et elles interviennent sur une base régulière ou ponctuelle, à titre de chargés de cours, de conférenciers ou encore de professeurs invités. L’enseignement est pour plusieurs une vocation, qui cohabite avec les activités de création, mais qui permet également de prendre du recul vis-à-vis du métier à divers moments de la carrière. Dans le contexte de crise actuel, ce travail constitue un revenu non négligeable.

Habiter un peu mieux le monde

Au sein des universités, les artistes insufflent une dynamique intellectuelle et créative primordiale. Leur engagement ne se réduit pas à garantir la qualité des formations en art ; il contribue également de manière décisive à l’essor de la recherche. De nombreuses approches développées en littérature, en théâtre, en musique, en arts visuels, en design, en cirque et en danse offrent plus que jamais l’occasion d’établir des maillages féconds entre les milieux de la création et ceux de la recherche. Nombreux sont les outils mobilisés par les chercheurs pour comprendre, aux côtés des créateurs, les dimensions esthétique, sociale et politique de leurs œuvres, ainsi que la manière dont elles nous permettent sans doute d’habiter un peu mieux le monde.

Depuis près de 20 ans, le développement de la recherche-création, qui allie pratique artistique et réflexion théorique, contribue à la reconnaissance de la création comme véritable vecteur de savoir. À travers leurs expérimentations, les artistes participent donc pleinement à la production des connaissances et ouvrent des perspectives inédites sur des enjeux d’importance. Leurs contributions dépassent d’ailleurs largement le champ des arts : elles sont mobilisées et rayonnent dans plusieurs disciplines, aussi bien dans les humanités que dans les sciences naturelles et de la santé.

Les institutions dévouées à la production et à la diffusion des savoirs ont besoin que les artistes bénéficient de conditions de travail favorables pour continuer à développer des démarches fortes, ambitieuses et résolument exploratoires. De même, l’université doit pouvoir développer des collaborations avec les milieux artistiques en leur offrant un environnement où les rythmes de travail sont propices à l’expérimentation, au questionnement et à l’esprit de découverte. C’est dans un tel contexte que la création continuera à enrichir le paysage universitaire tout en participant à renforcer sa mission et son rôle dans la société.

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Autres articles à lire sur l’appui au Front commun pour les arts: 

Marie-France Bazzo, L’autre crise de la culture, La Presse, 18 février 2025

Valérie Marcoux, Appui « timide », mais unanime de Québec au Front commun pour les arts, Le Soleil, 18 février 2025

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