De gauche à droite : Emilie L.Cayer, présidente-directrice générale de la Fondation du MNBAQ, Andrew Lugg, de la succession Lynne Cohen, Laurence Hervieux-Gosselin, lauréate et Annie Gauthier, directrice des expositions et des relations internationales au MNBAQ

Laurence Hervieux-Gosselin lauréate 2021 du prix Lynne-Cohen

La Succession Lynne Cohen, en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et sa Fondation, est fière de décerner le prix Lynne-Cohen à Laurence Hervieux Gosselin.

Remis tous les deux ans, ce prix vise à soutenir la pratique d’artistes professionnels québécois de la relève en arts visuels, qui accorde une place centrale à la photographie dans leur pratique. La lauréate 2021 recevra une bourse de 10 000 $ et son travail sera mis en lumière grâce à un portrait vidéo produit et réalisé par le MNBAQ, qui sera diffusé sur toutes ses plateformes.

« Je vois Laurence Hervieux-Gosselin comme une véritable créatrice d’images. Ses photos, toujours visuellement saisissantes et composées de multiples niveaux, sont agréablement stimulantes et valent la peine d’être vues et revues. Son approche distinctive permet de trouver des sujets et de mettre en lumière ce qu’ils cachent. », de partager avec enthousiasme Andrew Lugg, de la Succession Lynne Cohen.

« Sans être photographe documentaire, elle exploite plutôt ce que Walker Evans a appelé le style documentaire. Même les photographies de sa plus récente série, Silver Has No Shine For Magpies, qui explorent l’univers de la mafia québécoise et les mythes qui l’entourent, transcendent le thème et se suffisent à elles-mêmes. J’admire aussi son utilisation de la couleur qu’elle maîtrise exceptionnellement bien et différemment de la plupart des photographes. Bien que ses photos soient très différentes de celles de Lynne Cohen, je considère qu’elle emprunte un chemin semblable. Elle aurait été impressionnée par le talent de Laurence Hervieux-Gosselin et par sa contribution à l’art d’aujourd’hui. D’autres excellentes œuvres sont à prévoir, ce que le prix Lynne-Cohen vise justement à encourager. », de rajouter M. Lugg.

Le jury du prix Lynne-Cohen 2021

L’étude des candidatures a été faite sur la base de propositions soumises par un jury réuni par Eve-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain (1900-2000) au MNBAQ, et composé d’Emeren Garcia, historienne de l’art et anciennement responsable des expositions itinérantes au Musée d’art contemporain de Montréal, de Nuria Carton de Grammont, Ph.D., directrice et conservatrice de la Galerie d’art contemporain SBC, de Maxime Coulombe, sociologue, historien de l’art et professeur titulaire en histoire et théories des arts actuels à l’Université Laval, et de Charles Guilbert, artiste, critique d’art et professeur au Cégep du Vieux Montréal.

Les membres du jury ont été impressionnés par le talent de Laurence Hervieux-Gosselin. « Dire pourquoi l’œuvre photographique de Laurence Hervieux-Gosselin est hautement méritoire demeure un défi, justement parce qu’il se passe dans ses images quelque chose qui est de l’ordre de la sensation, du mystère, du non-dit. N’est-ce pas ce à quoi aspire un artiste : dépasser le langage? », de dire Charles Guilbert, l’un des jurés.

Laurence Hervieux-Gosselin, ou brouiller les frontières du réel et de la fiction

Par son approche narrative de la photographie, Laurence Hervieux-Gosselin tend à faire réfléchir à l’influence du storytelling sur notre perception du monde. À travers des séries photographiques, elle tisse des liens entre des histoires disparates, examine des mythes modernes, des récits populaires ou encore sa propre histoire qu’elle refaçonne en récits complexes ouvrant sur l’imaginaire. Elle cherche à interroger nos instincts narratifs, comme notre propension à emprunter inconsciemment des conventions narratives à des histoires familières, afin de donner un certain sens à la vie, pour inviter de nouvelles interprétations du réel.

Une atmosphère mystérieuse se dégage des paysages, des intérieurs et des portraits de Laurence Hervieux-Gosselin, qui composent ses séries d’images principalement photographiées sur pellicule 120. Certaines de ses œuvres sont issues d’enquêtes et de découvertes sur le terrain alors que d’autres sont le fruit de mises en scène. Enfin, la limite entre les deux est intentionnellement brouillée pour révéler un monde parallèle à la fois étrange et familier.

Parmi les séries remarquables créées par l’artiste, il faut mentionner Cité de Marie, qui superpose des notions diverses – la religion, le capitalisme et le besoin de sécurité – révélant tout le pouvoir narratif d’une photographie et sa capacité à créer du suspense. Dans La vie intense, l’artiste insiste sur les sources lumineuses, souvent d’origine électrique, explorant du même souffle des questions proches de celles qu’aborde le philosophe Tristan Garcia, pour qui l’intensité comme impératif est le piège de l’homme contemporain. La lumière comme origine de la fiction est aussi au cœur de la série Double feature, où s’alternent les images d’un cinéma aux couleurs vives et les images quasi psychédéliques de champignons photographiés de nuit dans des éclairages colorés. Enfin, Silver Has No Shine For Magpiespoursuit également une réflexion sur le pouvoir du cinéma, notamment sur la mythification des mafieux par Hollywood, où l’humour ramène, de façon tordue, à cette violence qui colonise nos imaginaires.

Laurence Hervieux-Gosselin, en bref

Née en 1991, Laurence Hervieux-Gosselin est une artiste et une photographe basée à Montréal. Elle a étudié en scénarisation et en communication à l’Université du Québec à Montréal et elle détient un baccalauréat en photographie de l’Université Concordia ainsi qu’une maîtrise en Art Photography du College of Visual and Performing Arts de Syracuse University, de New York. En 2018, dans le cadre de ses études de maîtrise, elle a fait une résidence à Berlin au Fahrbereitschaft de la Haubrok Foundation.

Depuis 2014, elle a présenté quatre expositions en solo ou en duo et a participé à plus d’une vingtaine d’expositions collectives. En 2014, elle est finaliste du Ideastap Photographic Award avec Magnum Photos ainsi qu’en 2018, où elle est finaliste du Scotiabank New Generation Photography Award. Récemment, son travail a été exposé au China Millenium Monument (Beijing, 2018), à Uqbar (Berlin, 2018), à l’Aviary Gallery (Boston, 2019) et à La Castiglione (Montréal, 2020).

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