L’artiste québécoise Julie C. Fortier au centre d’art contemporain La Criée à Rennes du 19 février au 3 avril

Julie C. Fortier est une artiste dont les vidéos, installations ou photographies partagent toutes cette même interrogation sur le vide et le passage du temps. Pour son exposition à La Criée, elle propose d’opérer un possible « décadrage » en offrant au visiteur un autre regard sur ce qui l’entoure.

 

Les premières oeuvres de Julie C. Fortier s’inscrivaient dans le genre de la performance filmée. L’évolution de son travail l’a amenée graduellement à ne plus y figurer pour privilégier des formes plus dépouillées, soulignant l’absence et la vacuité. Les sujets abordés dans son travail sont trouvés au gré de ses propres déplacements en voiture, en train, à pieds.

Le projet Cinéma-Maison voit son origine à Sherbrooke, ville natale de Julie C. Fortier au Québec, dans un événement qui semble anodin : le tirage au sort d’un pavillon préfabriqué. Chaque année au mois de mars, une maison est assemblée, décorée, meublée et visitable sur le parking d’un centre commercial qui lui sert temporairement de lieu d’exposition. Une fois le gagnant désigné, elle est démantelée et transportée vers ses fondations définitives.
La maison, symbole de la stabilité, est souvent mise à mal dans le travail de l’artiste canadienne. Maison Desjardins, projection vidéo sur deux écrans, montre simultanément l’assemblage et le démantèlement de ce pavillon. Construction et déconstruction s’interpellent en permanence et ce jeu crée un entre-deux dans lequel se glisse le spectateur.

Aujourd’hui la maison est un objet que beaucoup rêve de pouvoir un jour s’approprier. Pourtant, elle figure ici dans une représentation plus mélancolique. Telle l’enseigne du magasin « Décor Sears » en arrière-plan, la maison est ramenée au statut d’un décor « montable/démontable » qu’il est possible finalement de déplacer, ouvrant ainsi le champ des perceptions sur l’errance et le déracinement.
L’exposition accueille aussi Cinéparc, plan fixe sur l’écran d’un « drive in » filmé de jour. L’écran cinématographique est ici mis en abyme au travers de sa propre projection au sein de l’espace d’exposition. Dans ce film projeté en 35mm, l’écran se détache sur fond de paysage et semble fonctionner comme un cache dans l’espace de l’image. Il perd ainsi sa dimension d’objet et son échelle, jusqu’à ce que des oiseaux viennent s’y poser et ramènent discrètement le spectateur à la réalité de l’image.

Ses sculptures et installations partagent ce même questionnement sur le vide et le passage du temps. Pour l’oeuvre La Tribune, samedi 25 mai 1985, Julie C. Fortier fait appel à un souvenir d’enfance issu d’un fait divers tiré du journal La Tribune de sa ville natale, en date du samedi 25 mai 1985. Présentée sous la forme d’un stock de papier journal, la pièce reproduit le souvenir que l’artiste avait conservé de cette page : le fait divers et sa position dans la maquette du journal, le reste de la page vide fonctionnant tel un écran obstinément blanc.

Julie C. Fortier remercie chaleureusement : Michel Chotard du Ciné-TNB, Carmen Tremblay de la Fondation du CHUS (Sherbrooke, QC), MM. Luc Morin et Bernardin Morin ainsi que toute l’équipe de Maison Usinex (Milan, QC), M. Cameron et son équipe de construction, M. Guertin et son équipe de déménagement de maison à Stoke Sébastien, Pesot et Shawn Bédard, Yann Sérandour, Marcel Dinahet Christophe Pichon, Johan du cinéma Les Cinéastes (Le Mans) et Marc Pérennès ainsi que l’équipe de la Fonderie (Le Mans).

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