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Crédit photos: Jean-François Gravel

Dans la peau d’Isidore Bakanja

Vernissage le jeudi 2 décembre à 17h à Regart

zidore Bakanja, né en 1885, l’année même où les contours du continent africain comme on le connaît jusqu’aujourd’hui furent dessinés, fut un catéchiste laïc. L’expérience de Bakanja nous offre une grille de lecture d’un des régimes coloniaux les plus abjects de l’époque, dans ce qui était alors l’État Indépendant du Congo (EIC) – actuelle République Démocratique du Congo – sous le contrôle du roi souverain Léopold II. Plus qu’un martyr de l’ère coloniale, son expérience fait ici plus largement écho aux réalités vécues par les migrants dans leur milieu de travail. L’expérience personnelle de l’artiste Nkembo Moswala, conjuguée avec celles d’autres travailleur·euses étranger·ères lévisien·nes, est le point de départ de cette exposition.

Contraint d’élire domicile au Canada à la suite de l’annonce de la pandémie de COVID-19, et pour rester dans la légalité, Nkembo n’a pas d’autre choix que de travailler, et parvient à trouver un emploi dans une usine de fabrication de meubles. Rapidement, après s’être usé puis blessé au travail, et avoir fait valoir son repos médical à son employeur, il se voit indiquer la porte de sortie. Face à cette situation précaire, il se sent alors dans la peau d’Isidore Bakanja. Ce jeune congolais converti au catholicisme, épris de la mission d’évangélisation, succombera aux coups de fouet armé de clous qu’il se vit infliger en raison de ses croyances. Au service d’un administrateur de la Société Anonyme Belge (exploitant de caoutchouc), son sort a été celui de nombreux de ses pairs.

Croisant ces deux récits, l’un historique, l’autre personnel, l’artiste s’interroge sur le sort réservé aux personnes migrantes :

« Existe-t-il encore aujourd’hui une catégorie de personnes dont la dignité humaine est remise en cause ? Si tel est le cas, sont-elles celles qui infligent ou celles qui subissent ? »

Le travail forcé des peuples autochtones à l’époque des colonies a laissé place à une immigration motivée par la recherche de conditions de vie meilleures, qui a comme effet d’alimenter les économies des pays dits hôtes. Dans la peau d’Isidore Bakanja soulève ainsi des questions d’ordre global, liées à l’exploitation, à la main-d’œuvre et aux difficultés de l’expérience migratoire.

À travers la technique ancestrale d’incision et de marquage chère à l’artiste dénommée Nzoloko, qui signifie scarification en Lingala, Nkembo dénote les blessures que nous endurons en tant que citoyen·nes du monde. Le fait d’inciser, perforer et marquer de la sorte pour trouver la lumière représente la poursuite du bonheur, l’Eldorado de tout un chacun, une quête semée d’embûches et de souffrances.

Pour ce projet, Nkembo Moswala a invité des participant·es lévisien·nes d’origines variées à témoigner de leur expérience d’immigration et de leur vécu en tant que nouveaux·elles arrivant·es. Leurs histoires s’ajoutent à celles évoquées plus haut pour être assemblées en une narration émanant d’un processus d’échanges, de réflexions et de partage. Ces mêmes personnes ont aussi participé avec l’artiste au travail de scarification formant les motifs d’immenses vêtements, pièces formant le cœur du projet. Ceux-ci composent la garde-robe monstrueuse qui sera exposée à l’Autre Gare de Regart, au 5995 rue Saint-Laurent à Lévis, du 2 au 18 décembre 2022 et restera en vitrine jusqu’au 8 janvier 2023.

L’ARTISTE

Nkembo Moswala est un artiste professionnel émergeant en art actuel établi à Lévis. Originaire de la République Démocratique du Congo, il est titulaire d’un baccalauréat en arts visuels de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Sa pratique artistique se penche sur les idées de renaissance et de renouveau. Dans ses œuvres récentes, il souligne les dommages causés par la globalisation dans la société contemporaine.

Pour en savoir plus sur l’artiste : www.nkembomoswala.com