© Tyson Houseman, NDN Time, extrait de la vidéo (2025)
Vijay Maharani + Tyson Houseman
- Vernissage le vendredi 11 septembre à 17h
- Lieu: Dazibao
- Ville: Montréal
NDN Time
La pratique de Tyson Houseman s’ancre dans le territoire et en est façonnée, privilégiant la durabilité tout en honorant les liens uniques de réciprocité qu’il entretient avec les terres où il intervient. Dans NDN Time, quatre canaux vidéos évoquent les quatre points cardinaux, enveloppant l’espace de montagnes imposantes et d’arcus. L’eau coule; des mains récoltent des plantes médicinales. Accélérées, ralenties, inversées et floutées, ces images rappellent les formes mouvantes du temps selon une perspective cosmologique nêhiyaw : un temps diffracté, cyclique et indissociable de la terre, un temps profond et géologique, comme le mouvement de la conscience émergeant de la matière.
La famille constitue une autre forme que peut prendre le temps. Réalisées en collaboration avec les frères et le grand-père de Houseman, les images documentent des lieux à travers les Rocheuses, notamment les plaines Kootenay, la région d’Ermineskin Cree Nation et le site de camping familial en montagne. Nous guidant dans ces paysages, le grand-père de l’artiste, l’Aîné nêwoiyiwak Ken Roan, nous transmet que le temps n’existe pas. Seul existe l’espace entre les choses. Le temps ne se mesure pas par intervalles; il est l’intervalle de pause qui relie les éléments.
Des images d’archives et des vidéos familiales se superposent, apportant une présence incarnée de passés proches et lointains. Des plans secondaires (B-roll) en 16 mm reviennent à Smallboy Camp, une communauté autochtone autonome établie au tournant des années 1970. Rejetant le système des réserves, elle s’est plutôt tournée vers le miyo-pimatisiwin, ou « vivre de la bonne manière ». Des bandes VHS, filmées par le père de Houseman dans les années 1990, montrent ces mêmes paysages, demeurés inchangés — à l’exception du grain de l’image —, témoignant du fait que trente ans dans la vie de l’eau, du ciel et de la roche ne représentent rien de plus qu’un battement de cils.
Dans une vision élargie de cet espace qu’est le temps, il y a aussi le soleil. Captée dans dix longueurs d’onde par l’observatoire Solar Dynamics (SDO) de la NASA, l’étoile incandescente apparait comme une topographie d’explosions, d’éruptions solaires et de gigantesques filaments de plasma propulsés le long des lignes de champ magnétique, nous rappelant à la fois la nature cosmique du temps, et qu’il est l’heure d’aller à la rencontre du jour.
Selected Videos · Vidéos sélectionnées
Cette sélection de courts métrages et de vidéos en boucle de Vijay Masharani met en séquence un glossaire d’images à la fois denses et disparates : les feux de forêt de 2019 en Californie, un tutoriel Zoom en famille sur les masques à gaz, une sculpture d’Alberto Giacometti, le siège social de Google, le youtubeur Arab Andy ou encore l’insigne du U.S. Army Signal Corps (Corps des signaux de l’armée américaine). De cette suite de signifiants émerge une ambiance ornée d’annotations visuelles de la technocratie, des régimes coloniaux, de la violence raciale, et celle exercée contre les personnes vivant avec une maladie. Les divers usages que fait l’artiste des caméras de téléphone, de la vidéo 360 imparfaitement assemblée, du dessin au crayon et de l’animation 3D témoignent d’une indifférence à l’égard du spectacle technologique et des valeurs de production élevées. Gestuelles dans leur approche, les œuvres esquissent la question : sur quoi miser notre temps limité?
« Give me that fucking content, Universe », répète l’artiste. Des références à la prière font leur apparition lors de différentes occurrences, mais il s’agit ici d’un tout autre type d’incantation. Compulsive, consumériste, survivaliste. Elle exige du contenu au sens contemporain : non pas comme un savoir intelligible, mais comme une prolifération marchande engendrant un flux infini d’informations insipides. Nous l’observons médusé·es, comme si cette toile involutive de liens recelait une vérité présagée par l’au-delà.
L’artiste ralentit cet excès, le reconfigurant en de longues séquences et en boucles ultracourtes qui se stabilisent en objets vidéos éternels. De même, Masharani déroge à l’aléatoire par la lisibilité lorsqu’il se filme en train de visiter des quartiers et des stations de métro. Ces lieux apportent une spécificité incarnée aux projets capitalistes, tels que la propriété, la privatisation, la gentrification et la répartition inégale de la visibilité et de la valeur. À ne pas confondre avec le concept de dérive qui serait désinvolte; son mouvement physique ou représentatif se montre plus ancré qu’aliéné.
Le regard critique de Masharani se concentre de manière si incisive qu’elle semble transpercer l’image pour en exposer ce qui se cache derrière. Des apparitions, des lueurs et des portails semblent révéler soit la vie après la mort de l’image, soit les vestiges de son passé — des rubriques sous-jacentes, des géométries, des pouvoirs organisés. Il s’agit peut-être d’abstractions simultanées, d’énigmes du visible comme de l’invisible, de ce qui est compris et de ce qui nous transcende.