Claudia Goulet-Blais, Untitled IV de la série Entre tes mains (In Your Hands) 2026. Anne-Marie Proulx et Sara A.Tremblay, images tirées du projet Fleurs coupées, 2026.

Marie Proulx et Sara A.Tremblay + Claudia Goulet-Blais

  • Vernissage le vendredi 11 septembre à
  • Lieu: OPTICA
  • Ville: Montréal

Anne-Marie Proulx & Sara A. Tremblay
Fleurs coupées

Les pratiques photographiques d’Anne-Marie Proulx et de Sara A. Tremblay sont intimement liées à leur milieu de vie et à leur choix de vivre à la campagne. Le projet collaboratif intitulé Fleurs coupées prend ses assises dans l’écosystème du jardin, du vivant. Cet espace en transformation permet d’aborder des questions existentielles comme les blessures, les épreuves qui traversent nos vies et d’explorer différentes formes d’amitié, de sororité – sisterhood entre elles et avec le jardin. Les photographies instaurent un parcours au travers des dualités qui existent dans leur collaboration et qui sont accentuées dans le rapprochement d’images sœurs.

Puisant dans nos conversations avec les territoires, et dans nos relations avec le langage, Anne-Marie Proulx crée des univers poétiques qui interpellent les liens à la fois individuels et collectifs que nous entretenons avec nos environnements. Elle a présenté des expositions notamment à VOX, au Musée Colby-Curtis, à la Galerie des arts visuels, à Vaste et Vague et à YYZ, ainsi que dans les biennales Manif d’art 9 et MOMENTA. Ses œuvres font partie des collections du Musée d’art contemporain de Montréal, d’Hydro-Québec, de la Ville de Montréal et de Méduse. Son livre photographique Le jardin d’après a été publié aux Éditions Loco en 2021.

Artiste de l’image, Sara A.Tremblay documente les transformations intimes et environnementales qui l’entourent à travers des objets, des gestes et des interventions liés au quotidien, aux phénomènes naturels et à la matière. Basée en Estrie jusqu’à tout récemment, Sara A.Tremblay vit et travaille maintenant à Tiohtià:ke/Montréal. Ses œuvres ont entre autres été présentées au Musée national des beaux-arts du Québec en tant que lauréate du Prix en art actuel du MNBAQ 2023, au Musée Colby-Curtis, à la Galerie B-312, à la Maison des arts de Laval, à la Fondation Guido Molinari et à YYZ Artists’ Outlet.

Claudia Goulet-Blais

Entre tes mains (In Your Hands)

Sensible et évocateur, le projet de Claudia Goulet-Blais, Entre tes mains (In Your Hands), propose une approche immersive et performative de la photographie et de son installation, présentée sous diverses formes dont la céramique et le textile. Son œuvre se déploie dans la sphère de l’intimité familiale, offrant une réflexion sur les sites souvent invisibles de la bienveillance et de la relationnalité qui sont à la base des expériences de vie, faites d’émerveillement, de compassion et de création de mondes. Ces relations commencent la plupart du temps dans les mains de la mère. Lorsque présente, la bienveillance maternelle offre une première orientation dans le monde, la première place où l’on apprend à se connaître soi-même, où, véritablement, l’on devient quelqu’un. Comme l’écrit la philosophe Sara Ahmed, cette orientation est à l’origine de notre individualité : « Être orientée […] c’est se tourner vers certains objets, ceux qui aident à trouver son chemin […]. Les orientations façonnent non seulement notre manière d’habiter l’espace, mais aussi notre manière d’appréhender ce monde d’habitation partagée, de même que ce vers quoi nous dirigeons notre énergie et notre attention. 1 »

Que signifie la bienveillance dans le cadre des économies du 21e siècle qui jugent la productivité et le travail principalement en termes de capital ? À quoi ressemblent les relations qui façonnent nos vies dans une telle superstructure ? Le projet autobiographique de Goulet-Blais supplante les termes réducteurs tels que l’économie de la réputation et les idées de capital personnel pour adhérer de nouveau à la complexité et à la luminescence de l’amour en tant que conception architecturale pour le monde humain et plus-qu’humain.

La maternité, et par extension la bienveillance, se distingue par sa place comme lien entre l’utilité, le capital et la cosmologie : qu’est-ce qui fait le monde, qu’est-ce qui nous fait et fait que le monde vaut la peine d’y vivre ? L’œuvre de Goulet-Blais apporte une forme de résistance et met en lumière des types de bienveillance intergénérationnelles et interrelationnelles, à commencer par le phénomène de la « hidden mother », ou mère cachée, du 19e siècle, qui peut se voir comme une transcription littérale de l’apparence et de l’utilité maternelles. Dans des formes émergentes de néo-libéralisme, apparues au 19e siècle, le corps de la mère n’est utile que dans la mesure où il soutient l’entrée de l’enfant dans le monde utilitaire, c’est-à-dire dans le monde du travail si c’est un garçon ou dans celui de maternité la si c’est une fille.

Goulet-Blais relie les utilisations de la photographie du 19e siècle au présent – sa documentation de la vie de famille et du travail, et ses processus matériels, dont la superposition, la transparence et les conditions de l’accéléré –, pour évoquer les tensions et les joies qui entrent dans la négociation de ces relations à travers le changement, dans la durée et dans la distance. L’interaction du tissu, ses associations avec les langes et le suaire, et sa mise en parallèle avec la qualité durative de la porcelaine proposent des lieux d’où l’on peut considérer la vulnérabilité des relations, et de la photographie, au changement, à la disparition et à la réinscription. Ces diverses formes de rencontre engagent l’architecture de la galerie en soi comme lieu de passage.

Le geste joue un rôle clé dans le projet de Goulet-Blais. Dans cette série, les objets et les sujets sont chorégraphiés sur un tempo lent. Il en résulte une archive du mouvement et une orientation vers les nuances uniques d’un site précis. En collaboration avec sa mère et mis en scène dans des cadres domestiques aussi bien que dans des paysages, le projet de Goulet-Blais offre l’image d’un temps mitochondrial et d’une évolution des liens familiaux. Son œuvre révèle la capacité de bienveillance d’une main et son aptitude à communiquer par l’expérience, nous invitant à explorer, à notre tour, nos capacités d’intimité et d’engagement.

Auteur : Nima Esmailpour

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