L’équilibre des vrilles
- Vernissage le 5 mars à 17h
- Lieu: Galerie-312
- Ville: Montréal
ARTISTES
JACYNTHE CARRIER
HANNAH CLAUS
ANDRÉE LEVESQUE SIOUI
KARINE LOCATELLI
KRISTEL TREMBLAY
COMMISSAIRE
JULIA CARON GUILLEMETTE
Au sein d’une friche, la vesce jargeau étend ses vrilles pour s’accrocher aux plantes voisines. C’est ainsi qu’elle grandit. Si, parfois, elle peut prendre la place de ses proches et leur entraver la lumière, elle nourrit aussi le sol et les pollinisatrices. Il s’agit de trouver l’équilibre les un·es avec les autres, de veiller à la réciprocité. Quelles sont les relations que nous portons? Et quelles sont celles qui nous portent?
Lorsque l’on vient au monde, notre exploration passe d’abord par notre corps, par nos sens. Par ses prothèses affectives, Kristel Tremblay nous rappelle que notre manière d’être aux autres est largement marquée par nos contacts avec le vivant, avec les corps, mais aussi parfois par leur insuffisance. Par ailleurs, notre chair, tout comme l’organe à l’origine de sa création, est le fruit de milliers de liens forgés entre les cellules.
Avant notre corps, il y avait nos parents et leurs aîné·es, et ainsi de suite jusqu’à l’origine du monde, du désir de création et de transmission que nous relayons depuis. Dès notre entrée, Andrée Levesque Sioui nous accueille en nous invitant à apprendre sa langue, à jouer-chanter ensemble. Puis, de main en main, de fil en fil, elle tresse les fibres de ses origines et nous invite sous la jupe du monde, où les plantes et retailles de fléché servent au grand tissu géné-relationnel.
Avant nos ancêtres et avec nous encore aujourd’hui, il y a le territoire. Témoignant de sa relation intime avec ce dernier, Hannah Claus amène avec elle les grands-pères, ces pierres ayant vu défiler le temps depuis leur vie millénaire, qu’elle a moulés en papier de lin. Elle nous offre aussi en constellation le foin d’odeur qu’elle a cueilli dans son jardin au fil de l’été. En déployant cette médecine qui ne peut être vendue, elle ouvre la voie vers une culture de la gratitude.
Amenant avec elle les montagnes de Charlevoix et ses citoyens – champignons, branches, lichens –, Karine Locatelli nous invite à y marcher, rappelant que nous nous inscrivons au sein d’un cercle avec eux. Ses céramiques témoignent de son enracinement profond à la forêt. Au-delà de la tradition paysagiste pittoresque de sa région, elle n’efface ni l’extraction et l’étalement humain, ni la reprise de ses droits par la friche.
Finalement, lors de visites performatives, Jacynthe Carrier explore une montagne créée à partir des résidus d’extraction et de développement routier. Laissée en friche, la végétation, les insectes et les petits mammifères s’y sont redéployés. Elle nous invite alors à repenser nos relations à notre corps, à ce qui nous entoure, aux autres, aux gestes, mettant en perspective le temps et les saisons. Elle ramène en nous le mouvement vital, celui qui nous relie au vivant.
Si Felwine Sarr affirme que « construire une société du vivant est le défi de notre époque » (Habiter le monde, 2017), ensemble, nous souhaitons ici vous inviter à retisser collectivement le naturel et le social. Ainsi, peut-être pourrons-nous élaborer de nouveaux récits.
— Julia Caron Guillemette
Pour découvrir davantage de ressources et de ramifications en lien avec les thématiques abordées dans l’exposition, visitez la page Pour maintenir l’équilibre sur le site web de la commissaire.
L’exposition fait partie de la programmation de la biennale POST-INVISIBLES, dont le thème de l’édition 2026 est Ce que je porte.