Williams, Alisch et Paul-Allaire
- Vernissage le jeudi 23 avril à 17h
- Lieu: Écart
- Ville: Rouyn-Noranda
Nico Williams
Le Cadeau
Résidence: 14 au 22 avril 2026
Artiste anicinabe basé à Tiohtià:ke/Montréal, Nico Williams recourt à l’art traditionnel du perlage pour créer des œuvres sculpturales ancrées dans une représentation de nos réalités contemporaines lourdement marquées par l’héritage et les impacts du colonialisme, notamment à travers la reproduction d’objets de consommation. Intrigué par la faillite de la Compagnie de la Baie d’Hudson au printemps 2025, l’artiste a entrepris une recherche d’envergure qui l’a mené à découvrir les liens étroits entretenus entre les communautés autochtones d’Amérique du Nord et les premiers colons français. Bouleversé par la violence de l’histoire coloniale à travers l’appropriation des terres, des ressources et des corps des populations autochtones, l’artiste poursuit une démarche de création dans laquelle il dénonce cet accaparement avec franchise et avec une certaine irrévérence envers les codes.
Désireux d’approfondir ses recherches dans une démarche de dialogue et de collaboration, Nico Williams profitera de sa résidence à l’Écart pour aller à la rencontre des communautés anicinabek de l’Abitibi-Témiscamingue. Il s’agira pour lui d’une occasion de partager et de mieux comprendre les liens historiques et actuels entre les différentes nations dispersées sur le territoire. L’exposition Le Cadeau réunira des artefacts, des œuvres perlées et des sculptures faisant état de la relation et de la culture d’échange entre les premiers peuples et les premiers colons français. Par-delà la dimension politique de son art, Nico Williams insiste sur la richesse des matériaux, sur la couleur et la brillance des perles. Il invite d’abord les visiteurs et les visiteuses à tomber, comme lui, en amour avec l’art du perlage et le riche héritage culturel qui le sous-tend.
— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau
BIOGRAPHIE
Nico Williams, ᐅᑌᒥᐣ (né en 1989) est un membre de la communauté de la Première Nation Aamjiwnaang (Anishinaabe) qui vit et travaille présentement à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal. Sa pratique multidisciplinaire, et souvent collaborative, est centrée autour du perlage sculptural. Il est actif au sein de la communauté autochtone artistique de Montréal et dans l’équipe de recherche sur le perlage géométrique contemporain. Il est récipiendaire de la prestigieuse bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain (2021), de même que des bourses Impetus et Fluevog pour les artistes. Son travail a été présenté à travers le Canada et à l’international et fait partie de nombreuses collections publiques, notamment du Musée des Beaux-Arts de Montréal, du Musée des Beaux-Arts de l’Ontario et du Musée d’art contemporain de Montréal.
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Kyle Alden Martens
Split Hairs
On pourrait croire que c’est un chandail, une chaussure, un gant, un accessoire, mais c’est de sculptures qu’il s’agit. Ce pourrait être une œuvre en soi ou encore la fraction d’une plus grande installation. On pourrait penser qu’un élément en contient un autre, mais ça pourrait tout aussi bien être le contraire. Kyle Alden Martens utilise les symboles du vêtement, des accessoires et de leurs espaces de rangement pour provoquer l’ambiguïté et proposer une lecture fluide des objets, qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’orientation et au genre. En recourant à des matériaux inspirant le luxe et la somptuosité, comme le cuir et la soie, l’artiste cherche à provoquer un rapport de séduction et à susciter l’attrait des spectateurs et spectatrices pour des objets qui, à prime abord, semblent familiers, mais que la disposition et les dimensions altérées peuvent rendre inconfortables, voire dysfonctionnels.
Désireux de rejeter les systèmes de pouvoir, Kyle Alden Martens illustre comment certaines structures normatives, notamment celle du temps, sont vécues différemment et remises en question par la communauté queer. L’inversion des échelles et la fluidification des codes dominants se poursuit dans la disposition de l’espace. Les représentations de bottes, d’un gant, de talons hauts moulés dans le cuir tout comme d’autres accessoires tels que des ciseaux ou des montres aux bracelets longuement étirés s’imposent dans les lieux, le public se trouvant alors entouré, voire supplanté par celles-ci, mais peut-être, surtout, protégé par elles. Curieux d’observer la relation créée entre le public et l’installation, l’artiste multiplie les interprétations possibles: l’exposition montre-t-elle un processus de fabrication ou le désassemblement des installations? Au bout du compte, ce peut tout aussi bien être les deux à la fois; quelque chose qui se fait et se défait simultanément, sans chercher l’intégration à une catégorie finie, ce qui n’est pas sans rappeler les vécus queer.
— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau
BIOGRAPHIE
Kyle Alden Martens (né en Saskatchewan) est un artiste qui travaille la sculpture, l’installation, la performance et la vidéo. Ses œuvres sculpturales explorent la manière dont les vêtements sont ajustés pour épouser le corps, tout en reconfigurant la queerness de façon à perturber les structures symboliques et physiques préétablies. Martens détient une maîtrise en sculpture de l’Université Concordia et un baccalauréat en Intermédia de l’Université NSCAD. Ses recherches ont été soutenues par le Conseil des arts du Canada, le CALQ, la bourse pour les arts Dale et Nick Tedeschi, le SSHRC, le FRQSC et la bourse en art contemporain Claudine et Stephen Bronfman. Son travail a été présenté dans le cadre d’expositions et de foires à travers le Canada et en Amérique du Nord, notamment au Centre Clark, à Bradley Ertaskiran, Pangée, Circa Art Actuel, à la galerie Leonard & Bina Ellen, au centre pour les arts The Khyber, à la Stride Gallery, Eastern Edge Gallery, Barely Fair, Nada Foreland, Feria Material et Patel Brown.
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Alex Alisich et Lou-Raphaëlle Paul-Allaire
passion_partage
Résidence: 10 au 22 avril 2026
La relation entre Alex Alisich et Lou-Raphaëlle se joue à plus d’un niveau et se joue tout court. Amoureuses et artistes, les deux femmes tissent au sein de passion_partage la liaison de leurs univers parallèles pour n’en former qu’un seul, pour tenter de trouver l’épicentre où peut se résoudre l’union de leurs intimités, de leurs démarches et de leurs créativités. Dans un processus intuitif qui laisse place au jeu et qui se déploie dans l’absence de limites, les artistes appellent au rassemblement et à la célébration tout en matérialisant, notamment par la musique et l’image, les échos de leurs cheminements intérieurs.
Si, a priori, Alex se consacre à l’image et Lou à la musique, les frontières ne sont pas si étanches. Il s’agit peut-être, après tout, des variations d’une seule et même fréquence. Désireuses d’approfondir leur collaboration et le sens qu’elles lui donnent, les artistes envisagent leur résidence à l’Écart et son résultat comme une occasion d’exploration, de partage et de mise en pratique des savoirs cumulés. Si la forme exacte n’est pas définie, certaines directions se dessinent tout de même. Par-delà la rencontre entre leurs disciplines respectives, elles sont mues par le désir de performer, de donner physiquement forme à leur démarche, aux thèmes et aux contrastes qui la traversent. Les artistes invitent à l’amplitude et à l’excès comme à la profondeur et à la contemplation, sans négliger l’absurdité qui surgit inévitablement à la surface de nos existences. Si elles se laissent encore la liberté de diriger leur proposition où bon leur semble, elles promettent tout de même, avec conviction, de provoquer l’évènement.
BIOGRAPHIES
Lou-Raphaëlle est une artiste sonore de Rouyn-Noranda dont la pratique explore rigueur orchestrale et musique électronique. Son univers est fluide, spatial et texturé, modulant des motifs et des thèmes puissants. En alternant violon, synthétiseur et dispositifs à effets, elle déploie ses compositions en trames narratives, ouvrant des passerelles vers l’inconscient. Au fil de sa carrière, elle se perfectionne treize ans à l’Orchestre symphonique régional de l’Abitibi-Témiscamingue, co-réalise le film Nesans (FCIAT 2024) et co-compose le dernier album de Et on déjeune. Elle participe à divers projets en arts de la scène, contribue à la scène électronique locale et poursuit aujourd’hui une recherche ouverte à de nouvelles explorations artistiques.
Alex Alisich est une artiste visuelle basée à Rouyn-Noranda. Elle tisse des récits visuels à travers l’art vidéo, le cinéma et la photographie. Par l’hybridation des techniques, des disciplines et des collaborations, elle crée des œuvres fragmentées et immersives. Sa pratique s’appuie sur l’exploration de la lumière et de l’image comme expérience totale. Diplômée en 2021 d’un baccalauréat en arts (spécialisation cinéma, production artistique et technologies numériques) de l’UQAT, elle co-réalise en 2024 le film Nesans, sélectionné en compétition officielle au FCIAT. Sa recherche continue d’évoluer dans le dialogue vivant entre corps, sons et espaces.