Crédit photo: Robert Divers Herrick et Catherine Arsenault
Jota Mombaça + Catherine Arsenault
- Vernissage le samedi 28 février à 17h
- Lieu: L'Œil de Poisson
- Ville: Québec
Ghost 25: if you can’t be free
Le fleuve Saint-Laurent a été un lieu d’interactions d’un vaste ensemble de corps : ceux des Iroquois du Saint-Laurent, des Wendat, des Innu et d’autres nations qui ont navigué à travers le territoire, ceux des Français, puis des Anglais, amenant avec eux la colonisation, ceux des esclaves amené·e·s de la Guinée ou de la Louisiane. Plusieurs siècles plus tard, dans l’un de ses affluents – la rivière du Sud –, c’est aussi là que Jota Mombaça a plongé ses tissus, ses « corps d’eau ». Iel explore ainsi ce qu’iel qualifie de « radicalité de l’engloutissement ». Marqué par l’eau et le vivant qui l’habite, le textile témoigne d’une liberté – celle des courants – en opposition à la violence de la colonisation, de la traite des esclaves, de la mondialisation et de la production industrielle. Si l’œuvre résonne intrinsèquement avec le lieu où elle a été formée, elle défie aussi l’idée d’une localité restreinte.
Créant une enceinte close, les tissus évoquent l’enfermement à la fois politique – alors qu’on observe un durcissement des stratégies gouvernementales – et architectural – l’œuvre se situant dans une ville caractérisée par ses remparts. Tel un vaisseau fantôme, le textile nous laisse aussi l’impression de quelque chose de hanté, tandis que s’y inscrivent les traces des performances passées.
Nos rivages
Image après image, on observe les vagues et remous, constatant la puissance de l’eau, à la fois majestueuse et dévastatrice. Comme le point de vue choisi laisse l’impression que nous y voguons nous-mêmes, nous nous retrouvons physiquement engagé·e·s, comme si nous étions nous aussi à la merci du courant. Les nombreux dessins témoignent, d’une part, du geste de l’artiste et, d’autre part, de la répétition – comme celle des vagues, inlassables – nécessaire à leur réalisation. Une fois transposés en animation, ils révèlent une danse où les mouvements de l’eau s’entrelacent avec les siens. Puis, cette implication du corps se déplie à plus grande échelle à travers la forme du littoral, sculptée avec des résidus de papier. Les vagues de graphite viennent ainsi s’échouer sur sa rive reconstituée.
À propos des artistes
La pratique de Jota Mombaça englobe poésie, dessin, performance, installation, son et vidéo. Influencé par la critique anticoloniale et les études queer, son travail sonde les traumatismes persistants de la traite transatlantique des esclaves ainsi que l’incidence grandissante de la crise climatique. Iel explore des thèmes comme le transport mondial et les systèmes de contrôle de l’eau, les déplacements de population, le deuil queer et le voyage dans le temps. Son travail a récemment été présenté dans des expositions majeures, telles que la Biennale de São Paulo, la Biennale de Sydney et la Biennale de Berlin.
À travers sa pratique, Catherine Arsenault invite à une réflexion sur les interconnexions entre l’humain et son environnement. Par ses sculptures et ses dessins qu’elle transpose en vidéo d’animation, elle s’intéresse aux organisations, systèmes et phénomènes observés dans des territoires excentrés. Nommée Artiste de l’année pour la Côte-Nord par le Conseil des arts et des lettres du Québec (2023), elle a participé à des expositions à travers le Québec, et ses films ont été présentés notamment en Finlande, en Islande et au Danemark.