Choi, Beaulé et Priego

  • Vernissage le jeudi 28 août à 17h
  • Lieu: Écart
  • Ville: Rouyn-Noranda

Lina Choi
Nous continuons à couler dans un corps aqueux

Ça part de presque rien : d’abord une curiosité pour les sons, ensuite l’acquisition, de prime abord anodine, d’un enregistreur portatif, puis le surgissement d’une question : qu’est-ce que je veux enregistrer ? Enfin, une réponse : Je veux enregistrer l’eau. Ainsi commence l’exploration de Lina Choi qui, au gré de résidences et de performances artistiques, entame la création de paysages sonores. Ceux-ci se dessinent à travers la pluie qui s’abat, les rivières qui s’écoulent, et cherchent à percer le mystère de l’apaisement que l’eau et ses mélodies provoquent chez nous.

Dans le cadre de son passage à l’Écart, l’artiste se questionne sur l’origine de cette fascination envers les eaux, qu’elle lie à l’expérience universelle, mais sans mémoire, du vécu prénatal. Par la confection d’une structure reproduisant la forme de l’utérus dans laquelle seront diffusés les sons capturés auprès de cours d’eau environnants, Lina Choi tente de reproduire cet univers intime qui précède le contact avec le monde extérieur, et invite le public à y plonger. Par cette superposition des eaux maternelles et des eaux naturelles dans lesquelles on baigne quotidiennement, l’artiste espère éveiller la discussion et recueillir les témoignages pour éclairer notre rapport à l’eau et rétablir le lien qui nous unit à elle.

— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau


Andes A Beaulé
Piéger les géant·es

En dialogue avec l’autrice Gabrielle Izaguirré-Falardeau dans le cadre du projet Pérambulations initié par l’Écart et les éditions du Quartz

À l’image d’une promenade en terres inconnues, Pérambulations s’offre comme un terrain propice aux rencontres, à la découverte, aux égarements, peut-être, et à l’apprentissage, sûrement. Pensé comme un dialogue entre deux artistes et leurs démarches respectives, le projet initie une correspondance entre l’autrice Gabrielle Izaguirré-Falardeau et l’artiste visuel·le Andes Beaulé.

Ensemble, iels échangent autour de thématiques communes en questionnant l’idée de chez-soi et ce qui l’entoure. Dans un contexte de grands bouleversements, de crises multiples et d’inégalités croissantes, que signifie être chez soi? S’agit-il d’une réalité accessible à toustes? D’un droit inaliénable? D’un prétexte pour l’intolérance ou d’un levier pour l’accueil? D’une idée à redéfinir? D’une communauté plus que d’un lieu?

Au gré des réflexions, des témoignages, des discussions et des chemins parcourus émergeront des idées, des textes, l’exposition Piéger les géant·es, un livre même, mais surtout, un espace et un processus d’exploration sans destination précise, définis d’abord par la curiosité envers l’autre, envers ce qui l’habite.

— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau


Carol Priego
Roca Daurada
en partenariat avec le centre Homesession, Centre CLARK et Atelier les mille feuilles

Ancrée dans les luttes sociales et écologiques, la démarche de Carol Priego s’oriente ici vers la conceptualisation du paysage et explore la frontière – souvent poreuse – entre celui-ci et sa propre représentation. Intéressée par les méthodes photographiques expérimentales, l’artiste interroge le rôle des clichés produits et exportés dans un contexte de colonisation et d’exploitation des ressources naturelles. Elle questionne l’impact de ces images sur l’imaginaire collectif et la légitimation d’actes de dépossession culturelle et territoriale. Comment les horizons sont-ils modifiés et définis par la présence humaine, tout en émergeant à partir de celle-ci? Quel regard poser sur les archives et les histoires qu’elles mettent en scène?

Cette fois, Carol Priego expérimente à partir du concept du daguerréotype, dont les matériaux nécessaires à la production sont également ceux extraits du sol. Dans le cas précis de Rouyn-Noranda, où les premières archives visuelles ont été captées de cette manière, les métaux permettant d’immortaliser le paysage sont alors les mêmes qu’on y prélève et qui le contaminent. Dans la mise en relation du paysage et de son imagerie, l’artiste explore aussi le caractère vivant et la mémoire de celui-ci. Qu’est-ce qui se révèle dans les traces visibles, invisibles, humaines, historiques et parfois toxiques qui traversent les couches du paysage?

Durant son séjour à l’Écart, Carol Priego mène une recherche autour du daguerréotype géant, qu’elle réinterprète à partir de matériaux bruts — bois et cuivre — afin de former une hyperbole du paysage et de sa propre incarnation en tant que sujet politique. Au fil des échanges et des récits partagés autour d’elle, l’oeuvre finira sans doute, à son tour, par devenir paysage.

— Texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau