Vu que… de Léa Jeanmougin, projet de vitrine du 18 décembre au 9 janvier chez articule

Du coin de l’oeil, le passant devine deux corps nus appuyés contre la vitre; une épaule, des fesses, des mains, un coude, un pied se révèlent vaguement. Les corps pourtant sont disloqués et disparaissent, pour leur plus large part, dans une épaisseur floue. Vu que je propose un traitement elliptique du corps qui permet d’inscrire, sur ces parties absentes, une narration. Les parcelles qui s’impriment sur la surface vitrée sont les indices d’actions que le passant construit. Suivant le cours de ses propres désirs, il pourrait s’imaginer profiter de la fermeture de la galerie pour s’y envoyer en l’air. Cet acte transformerait, pour un temps, la galerie en un espace privé, si seulement il n’était pas performé contre la vitrine, annihilant, pour ainsi dire, la privacité des gestes. La lecture de l’oeuvre prend racine dans une imagerie cinématographique largement partagée et exemplaire d’un certain érotisme : la scène de douche, torride ou terrifiante. Dans Vu que…, le corps agit ainsi, dans son incomplétude même, comme surface de projection renvoyant tout autant à l’autre qu’à soi.
 

Léa Jeanmougin est une artiste franco-canadienne résidant à Montréal. Elle a complété des études en réalisation cinématographique à l’Université Concordia et a remporté le prix Technicolor pour son court-métrage Sybille. Ce dernier fut présenté dans plusieurs festivals dont le ArtCity Festival (Calgary) et les Rendez-vous du cinéma québécois (Montréal) où la mention spéciale du jury lui fut décernée. Récemment, sa pratique s’est davantage orientée vers les arts visuels et questionne les possibilités de rencontre entre les médiums et la narration. Du cinéma aux moulages de corps, il s’agit de faire l’expérience physique et émotionnelle du corps de l’autre, qu’il soit fictif, postiche ou réel.  Elle présentera prochainement Exsto à Art Souterrain dans le cadre de la Nuit Blanche à Montréal.

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