Une étude flatteuse et coûteuse sur Montréal

Le spécialiste américain du développement urbain Richard Florida a été reçu en héros hier, quand il a présenté une étude flatteuse sur Montréal, qui a coûté 200 000 $US en fonds publics.

Sa conclusion? ” Vous vous débrouillez très bien, mais il est temps d’agir. “

Pourquoi maintenant? À cause de la diversité culturelle, un des moteurs selon lui du développement. Une occasion se présente, dit-il, avec le repli sur soi aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

” Mon pays a dit ” non merci ” aux immigrants et il leur a fermé la porte, dit-il. Des villes concurrentes comme New York, Boston et San Francisco ont littéralement les mains attachées dans le dos. “

Avec son ouverture sociale et les talents de sa population, Montréal a selon lui ” tout ce qu’il faut ” pour devenir un des pôles mondiaux de la créativité, réel moteur du développement, si on se fie à la grille d’analyse qu’il a exposée dans un livre devenu un best-seller, The Rise of the Creative Class.

La ville devra par contre conserver ses ” atouts “: des logements moins chers et une société où les différences de revenu sont moins grandes qu’ailleurs.

Le milieu culturel et politique a réservé un accueil digne d’une star à M. Florida hier, lors d’une conférence organisée par la chambre de commerce. Mais quant au fond, plusieurs observateurs sont restés sur leur faim. On n’a eu droit qu’à un extrait d’une étude qui sera plus tard soumise à une publication scientifique.

Selon ce résumé, Montréal se classerait deuxième sur un palmarès de 24 villes nord-américaines, mesurées selon la grosseur de leur ” noyaux super créatif “. Mais selon Mario Polèse, économiste à l’INRS-Urbanisation, Culture et Société, ce classement, ” c’est de la mauvaise recherche “. ” C’est la seule donnée qui est vraiment originale et elle est basée sur des données erronées “, dit-il.

M. Florida inclut dans son ” noyau super créatif ” les personnes travaillant dans ” l’informatique et les mathématiques, l’architecture et l’ingénierie, les sciences sociales, les sciences de la vie et les sciences physiques, l’éducation, les arts, le design, le divertissement, les sports et les médias “.

Mais selon M. Polèse, les statistiques américaines et canadiennes sur les classifications professionnelles ne permettent pas de comparer les villes des deux pays. Il trouve suspect que trois villes canadiennes dominent le classement- Toronto, Montréal et Vancouver- laissant derrière 21 villes étatsuniennes.

M. Florida défend ses résultats. ” Nous avons pris grand soin d’obtenir des données comparables avec les gens de Statistique Canada, dit-il. Cela dit, il y a encore des anomalies dans ces données. Mais il apparaît qu’il y a proportionnellement plus de personnes travaillant dans les arts, la science et la technologie dans les villes canadiennes que dans les villes américaines. “

Mais il reste beaucoup de travail à faire sur le plan des connaissances, dit son associé et principal auteur de la recherche, Lou Musante. ” Il faut faire entrer ce travail dans la communauté universitaire et dire que c’est un travail crédible “, dit-il.

C’est Culture Montréal, organisme à but non lucratif financé surtout par les gouvernements, qui a commandé le rapport. Son président, Simon Brault, estime que les travaux de M. Florida et son équipe à Montréal profiteront à la ville ” en termes de branding “, ou d’image.

Selon Francine Sénécal, vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, responsable du patrimoine et de la culture, les 50 000 $US que la Ville a versés pour la réalisation de l’étude ont été bien dépensés. ” Richard Florida était venu il y a un an présenter son approche, dit-elle. Il avait fait un premier tour d’horizon des principales villes créatrices et Montréal se retrouvait dixième ou onzième. Il nous a semblé qu’il n’avait pas bien saisi ce qu’est Montréal. Aujourd’hui, il est venu nous dire que Montréal avait des forces qu’il n’avait pas vues. “

En effet, M. Florida prévoit parler de Montréal comme d’un exemple dans son prochain livre. ” Je cherche des modèles à l’extérieur des États-Unis et Montréal est une très bonne candidate “, dit-il.

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Architecture et urbanisme; Fusions municipales; Relations intergouvernementales
Taille : Moyen, 501 mots
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