Richard Deschênes en résidence chez Sagamie

Richard Deschênes
Artiste en résidence / Artist in Residence
English follows

PROJET
La série d’oeuvres que je compte réaliser au Centre SAGAMIE implique un travail sur le sens de la photographie dans l’information journalistique, examine plus spécifiquement le processus de fabrication de l’image. Initiée en 2008, Il s’agit d’une nouvelle série de collages à partir de photographies tirées de différents journaux quotidiens. Les ajouts, les retouches ou les soustractions, au moyen de petits morceaux de papier collés, tirés du même journal, créent une nouvelle lecture de l’image. Dans la plupart des cas, l’effacement de l’information principale contenue dans l’image originale produit une étrangeté par rapport au champ de vision. L’aspect artisanal de l’opération, en contraste avec le procédé de numérisation qui s’ajoute, donne au résultat une forme de « mise en attente ».  Deux caractéristiques se dégagent du travail envisagé. Dans certains cas, il est question de l’aspect panoramique des images choisies (vue aérienne), tandis qu’une autre série privilégie un effet optique obtenu par la soustraction de l’information principale contenue dans la photographie (l’arrière-plan, le hors-focus de l’image devient l’oeuvre à considérer).

DÉMARCHE ARTISTIQUE
De façon générale, mon travail en peinture examine les concepts de perception et de processus de fabrication de l’image, cherche à y opérer une forme de déplacement ou d’effacement d’une partie de l’information normalement contenue. Le recours à des curiosités naturelles ou scientifiques placées hors contexte me permet de brouiller systématiquement les repères visuels et cognitifs dans l’image. Je peins ce que j’appelle librement des modèles imaginaires, qui opèrent comme métaphore d’une mécanique qui serait à l’œuvre dans le développement de la perception et de la connaissance. Ma peinture a une importance beaucoup plus psychique que physique. Ce sont des images mentales, formulées en filigrane, qui échappent à la certitude. L’utilisation de la couleur est l’objet d’un questionnement constant. Je travaille non pas avec des couleurs vives mais avec des tons, considérant qu’ils sont plus enclins à s’insérer dans la mémoire.

(Mon intérêt concernant le développement des modes de perception, de même que les peintures réalisées au cours des dernières années, m’ont amené récemmment à considérer l’atomisme, une théorie proposant une conception d’un univers composé de matière et de vide. Dans l’œuvre Métaphysique de l’atomisme antique, Stéfan Leclercq écrit que » selon Lucrèce, nous ne percevons jamais l’objet, la matière, mais seulement l’image (ou le simulacre) de cet objet, de cette matière. L’image est une production des atomes constituant la matière. L’image, une fois produite, venant soit de la surface de l’objet, soit de la profondeur de la matière, se déplace, à une très grande vitesse vers le percevant. Mais, il se peut que nous n’ayons pas toujours une perception exacte de cette image. Par exemple, plus elle est lointaine, plus elle sera imprécise. Cela s’explique par le fait que, en rejoignant le percevant, cette image, venant d’une certaine distance, traverse des couches d’air et, qu’à leur contact, elle se déforme. Ce qui veut dire que notre appréhension du monde ne consiste qu’en la perception de l’image de la matière et non de la matière elle-même. Notre réalité est constituée d’images et nous n’avons jamais un contact immédiat avec l’objet. « )

BIOGRAPHIE
Richard Deschênes vit et travaille à Montréal, Canada. À la suite d’un baccalauréat en arts visuels (Université Concordia, Montréal, 1985), il a pousuivi des études au Pratt Graphics Center à New York (États-Unis) en 1985-86. Récipendiaire de plusieurs bourses du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec, Richard Deschênes travaille principalement en peinture et en dessin. Depuis 1988, il a présenté son travail dans de nombreuses expositions individuelles et collectives au Canada, au Mexique, en Chine, en Espagne, en Autriche, aux États-Unis, en France et au Japon. Ses oeuvres figurent dans la collection Prêts d’oeuvres d’art du Musée national des beaux arts du Québec, dans la Banque d’oeuvres d’art du Conseil des Arts du Canada, ainsi que dans nombreuses collections corporatives et privées.

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