La rencontre des masses : études et prototypes d’Annie Conceicao-Rivet, jusqu’au 1er mars à la maison de la culture Frontenac

L’exposition réunit des sculptures, aquarelles, collages et dessins provenant de deux corpus complémentaires. D’une part, des oeuvres produites dans le cadre d’une résidence d’artiste effectuée en Finlande en 2012 et, d’autre part, une série d’oeuvres réalisées par la suite en atelier à Montréal. Deux grands principes sont à la base des expérimentations présentées ici : l’empreinte et, selon l’expression que l’artiste s’est appropriée, la matière résiduelle. Si ce syntagme est habituellement utilisé pour parler de certains types de déchets, pour l’artiste, au sens large de la notion de déchet s’ajoute la matière rejetée dans sa propre production artistique. L’exposition s’inscrit dans une démarche de réappropriation de cette matière résiduelle de création et de consommation en tant que matériau de production artistique.

Conceicao-Rivet s’intéresse à la trace laissée par le corps humain dans son utilisation d’un objet placé au recyclage. Au moyen de procédés d’empreinte simples tels que le pochoir, le tracé de contours, l’ombre chinoise ou le frottis, l’artiste cherche à saisir les modifications géométriques, ainsi que les propriétés du matériau de fabrication de l’objet récupéré. La présence du corps est fondamentale dans la pratique d’Annie Conceicao-Rivet. En performance, il est un matériau peint ou transformé par l’ajout de prothèses artisanales, prêt à se mouvoir devant public ou à être analysé et montré partiellement par l’entremise de la caméra. Ce corps de la performance est aussi morcelé, car moulé en partie, devenant ainsi la base d’une production sculpturale anthropomorphique.

La série d’oeuvres issues de la résidence en Finlande trouve son point d’origine dans un contenant de lait. En arrivant à Espoo, l’artiste a remarqué l’omniprésence de ces prismes rectangulaires cartonnés, seuls contenants utilisés là-bas pour transporter le lait et les autres produits lactés. Interpelée par les problématiques de la société de consommation et engagée dans une réflexion citoyenne sur le cycle de vie des objets usuels, elle a demandé à ses voisins de résidence de lui apporter des contenants de lait usés, matière avec laquelle elle a travaillé. Le second corpus de l’exposition est issu de la récupération de moules utilisés pour une exposition présentée à Circa en 2011. Les deux corpus se complètent à merveille : celui de la Finlande, dont l’objet de départ reste reconnaissable, opère comme indice pour que nous puissions découvrir le principe générateur de l’autre corpus, celui provenant des déclinaisons réalisées à partir de coquilles de moules d’atelier et dont les résultats sont plus énigmatiques.

Annie Conceicao-Rivet
Active depuis 2003 dans le milieu des arts visuels, Conceicao-Rivet détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQÀM. Elle est récipiendaire d’une bourse en recherche-création du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2010, de l’atelier-résidence du CALQ en Finlande en 2012 ainsi que d’une bourse de soutien à la production de la SODEC en 2013. Son travail fait partie de collections privées et publiques (BANQ, Loto-Québec, Banque de Montréal) et a été présenté aux centres d’artistes Circa et à Arprim (Montréal, 2011). Elle participe à l’exposition collective Espace imprimé, espace ouvert, commissariée par Émilie Granjon, qui tiendra lieu à la maison de la culture du Plateau Mont-Royal en 2016 dans le cadre du 50e anniversaire de l’Atelier Graff. Depuis 2008, elle travaille auprès des étudiants de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM.

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