Tempête # 3 (détail), technique mixte sur toile, 2010

Devant la tempête de Jean-Sébastien Denis, exposition du 25 janvier au 6 mars à la maison de la culture Frontenac

Montréal, le 31 janvier 2011 – Du 25 janvier au 6 mars 2011, la maison de la culture Frontenac présente dans son studio 1 la toute dernière production du peintre Jean-Sébastien Denis.
L’exposition Devant la tempête réunit une série de tableaux de grands formats explorant les thématiques du chaos et de la catastrophe. Jean-Sébastien Denis évoque l’expérience visuelle et physique du monde à travers une suite d’oeuvres s’intéressant à l’instabilité des choses qui nous entourent. Un jeu de tensions et d’interactions entre différents éléments picturaux et graphiques arrive à composer, en une situation perceptive toujours renouvelée, autant d’espaces relationnels abstraits. Cette réflexion devient le lieu où se heurtent de multiples réalités créant de grands paysages disloqués, morcelés, tempête qui s’impose comme la continuelle mise en question du regard, un espace où le sens n’a de cesse de dériver.

La proposition développée dans Devant la tempête interroge l’hétérogénéité des images du monde d’aujourd’hui en accentuant les contrastes entre une peinture se jouant tantôt aux limites de l’image virtuelle (trames, plans), tantôt retournant plus près d’une nature à l’état brut (taches, couleurs organiques). Ces oeuvres réactualisent en quelque sorte l’opposition et, surtout, le maillage entre nature et culture. Riches d’une sensibilité prenant en compte le vocabulaire de l’expressionnisme abstrait, les oeuvres parviennent ici à définir les contours d’une syntaxe originale, isolant chaque élément pictural pour le réinvestir de sens dès lors que cet élément fait lien d’un autre : l’unité existe comme une géographie livrée au fracas dont elle montre l’avènement, l’événement et le vertige.

Sur des fonds blancs, des tracés à l’aspect spiralé donnent l’impression d’aspirer vers le centre les éléments du tableau, des coulures verticales «fondent» d’un bref horizon aux nuances de jaune et de bronze, l’espace est serpenté de mouvements plus arrondis, une éclaircie accueille une série de lignes droites et obliques : dès le premier triptyque la manière de Jean-Sébastien Denis happe. Plus loin, un gris puissant vient trancher, un réseau de lignes serre le regard qui débouche ensuite vers une corporéité alvéolaire, le trajet appuyé d’une trace voit se dessiner une autre clairière, un rouge ténu, fragilisé, semble parfois surgir de la tempête, la précéder ou y faire écho. Une construction faite de triangles est enserrée entre des courbes diverses, quelques couleurs sont tirées vers un centre instable, un rouage apparamment aléatoire opère, une certaine attraction s’exerce entre les signes constitutifs de l’oeuvre. La violence ici se déchaîne parfois, mais se laisse plus souvent saisir dans le mouvement qui arrive à la suspendre.

Devant la tempête pose le principe d’une acuité technique livrée à une métaphysique de l’inquiétude, l’image cherchant à donner corps au primat de l’affect sans faire l’impasse sur les logiques mêmes de l’image dont l’affect est la réponse : ainsi se forme un espace plein et impossible à totaliser. Une archéologie dialectique s’organise où les couches successives du tableau permettent une sorte de géométrie fantôme, une mécanique à la limite exacte de la saturation et de l’équilibre. La tempête vue d’assez près pour témoigner du chaos et le recul qu’il faut pour en absorber les savoirs. Serait-ce là le lieu d’une nouvelle forme, d’un véritable baroque de l’abstraction ?

Abonnez-vous au bulletin du Réseau art Actuel